Depuis le lancement de ChatGPT à la fin de l’année 2022, l’intérêt pour les chatbots a considérablement augmenté, notamment grâce aux progrès réalisés en matière de traitement du langage et en intelligence artificielle. Ces progrès replacent également les assistants numériques des grandes sociétés technologiques sur le devant de la scène (ex : Copilot pour Microsoft, Gemini pour Google, Siri pour Apple…). Mais cet enthousiasme généralisé génère également beaucoup de confusion avec des notions à priori proches, mais néanmoins distinctes comme les agents intelligents et les assistants numériques.
Quelles différences entre chatbots, agents intelligents et assistants numériques ?
Les chatbots sont des logiciels capables de converser avec des utilisateurs humains. Présents sur des sites web, applications mobiles ou systèmes de messagerie, ils peuvent répondre à des questions simples, fournir des informations ou guider les utilisateurs dans des démarches. Les interactions avec les chatbots, ou agents conversationnels en français, sont limitées à des échanges en langage naturel, c’est notamment le cas de ChatGPT.
Les agents intelligents désignent un ensemble d’outils plus large que l’on peut programmer pour effectuer différentes tâches : dialoguer avec des utilisateurs (agents conversationnels), chercher de l’information dans une base de données ou sur le web (agents de recherche), faire des achats sur une boutique en ligne (agents transactionnels)… Chaque agent est spécifique, car il est conçu pour réaliser des tâches bien précises.
Les assistants numériques sont quant à eux des systèmes plus complets qui peuvent gérer des demandes plus variées, notamment en s’appuyant sur des agents intelligents. Copilot de Microsoft peut ainsi chercher des informations sur le web par l’intermédiaire de Bing. Les assistants numériques sont également capables de comprendre le contexte dans lequel ils sont sollicités en accédant aux ressources du terminal sur lequel ils sont utilisés (ex : ordinateur ou smartphone). Ainsi, il est possible de demander à Gemini d’envoyer un message avec votre smartphone Android, ou à Siri d’exécuter une tâche grâce aux applications installées sur votre iPhone.
Pourquoi il est important de différencier les chatbots des assistants numériques ?
Les chatbots sont des agents conversationnels accessibles sur un site web ou une application mobile. Leur champ d’action est donc limité aux questions posées et aux réponses formulées. ChatGPT peut ainsi formuler des réponses très élaborées ou générer des contenus de très grande qualité, mais il ne peut pas acheter un billet de train à votre place.
Les assistants numériques sont, en revanche, capables de faire beaucoup plus de choses, car ils peuvent solliciter des agents intelligents pour réaliser des tâches à votre place, voir décomposer une demande complexe en une série de tâches qui seront exécutées de façons séquentielles. Par exemple, si vous souhaitez qu’un assistant vous aide à planifier vos prochaines vacances, il va solliciter un agent de recherche pour identifier les points d’intérêt et itinéraires les plus pertinents, solliciter un agent transactionnel pour obtenir des prix de moyens de transport et hébergement, et enfin solliciter un agent conversationnel pour mettre en forme toutes ces informations et affiner les suggestions en dialoguant avec l’utilisateur.
Pourquoi n’est-il pas pertinent de comparer ChatGPT à Copilot, Gemini ou Siri ?
Comme précisé en début d’article, ChatGPT est un chatbot : un agent conversationnel dont les interactions se limitent à des questions / réponses. Cette limitation ne diminue pas pour autant la pertinence de ChatGPT qui peut générer des réponses très élaborées à des questions complexes en s’appuyant sur sa gigantesque base de connaissances. Ce service ne peut simplement pas exécuter de tâches à votre place, car il n’en a pas l’autorisation du fait de limitations imposées par l’ordinateur ou le smartphone sur lequel il est utilisé, ou plus spécifiquement par le système d’exploitation (ex : Windows, Android, iOS) qui bloque ainsi toute possibilité d’utilisation malveillante.
Les limitations imposées aux chatbots comme ChatGPT offrent la possibilité aux éditeurs de systèmes d’exploitation comme Microsoft, Google et Apple de se différencier en proposant leur propre assistant numérique auquel ils vont accorder le droit d’utiliser toutes les ressources de l’ordinateur ou du smartphone. Copilot, Gemini et Siri se positionnent ainsi comme des intermédiaires qui vont recueillir les demandes des utilisateurs, traiter celles qu’ils peuvent et solliciter des agents intelligents pour faire le reste. Quand vous faites une demande à Copilot ou à Siri, la réponse est potentiellement générée par ChatGPT sans que vous en soyez au courant.

Pourquoi certains chatbots sont payants alors que les assistants numériques sont gratuits ?
En rendant leur assistant numérique gratuit, l’objectif de Microsoft, Google et d’Apple est de fidéliser leurs clients (respectivement les utilisateurs de Windows, Android et iOS), ces éditeurs sont dans une stratégie défensive financée par d’autres sources de revenus. La situation est très différente pour OpenAI qui poursuit une stratégie offensive : l’objectif est de conquérir de nouveaux utilisateurs pour ChatGPT, et plus précisément de nouveaux clients pour l’offre payante de ChatGPT, celle qui donne accès à des fonctionnalités supplémentaires.
Nous ne pouvons pas dire que ChatGPT est meilleur que Copilot ou Gemini, car il s’adresse à une cible différente. La version payante de ChatGPT va ainsi être très utile à des utilisateurs professionnels qui vont accepter de payer une licence mensuelle, tandis que les versions gratuites de Copilot ou Gemini seront largement satisfaisantes pour des utilisateurs particuliers. Vous noterez d’ailleurs que Microsoft et Gemini proposent chacun une version payante de leur assistant destinée à leurs clients professionnels.
Les assistants numériques vont-ils remplacer les moteurs de recherche ou les sites web ?
Dans la mesure où des chatbots comme Claude ou ChatGPT fournissent des réponses complètes aux utilisateurs, ceux-ci n’ont en théorie plus besoin de visiter différents sites web pour avoir les réponses à leurs questions. En ce sens, les chatbots sont des concurrents des moteurs de recherche qui ne fournissent que des pages de résultats de recherche (des liens vers des sites web). Conscients de ce danger, Google et Microsoft intègrent maintenant à leurs pages de résultats de recherche des réponses complètes générées par leur intelligence artificielle.
Dans la mesure où Microsoft, Google et Apple éditent à la fois les systèmes d’exploitation et les navigateurs dont ils ont une parfaite maitrise (respectivement Windows / Edge, Android / Chrome et iOS / Safari), des éditeurs indépendants comme OpenAI ou Anthropic n’ont quasiment aucune chance d’imposer leur chatbot face aux géants numériques. Des services comme ChatGPT ou Claude sont donc une alternative potentielle aux moteurs de recherche et même aux navigateurs, mais ils ne représentent qu’un faible danger pour Microsoft, Google ou Apple qui conserveront toujours le contrôle des terminaux (ordinateurs ou smartphones), sauf si les régulateurs imposent une ouverture pour faire jouer la concurrence, comme est en train de le faire l’Union Européenne pour lutter contre les abus de position dominante des géants numériques.
Quoi qu’il en soit, les assistants numériques et les chatbots ont le potentiel de révolutionner notre façon d’interagir avec le web et les supports numériques. En offrant un gain de temps, d’effort et d’accessibilité, ils peuvent devenir des outils indispensables dans notre vie quotidienne.
